LES ÉCLAIRAGES EQUANIMIA®
Vous savez pourquoi...
Alors pourquoi ça continue ?
[ Éclairage N° 01 ]
- LES ÉCLAIRAGES EQUANIMIA® · N°1
Psychologie · Hypnose
7 min de lecture
Vous savez pourquoi...
Alors pourquoi ça continue ?
Comprendre ne suffit pas toujours
Il y a une phrase que nous nous sommes probablement toutes et tous dite un jour :
« Pourtant, je sais pourquoi je fais ça. »
Vous avez souvent compris pourquoi certaines situations vous mettent mal à l’aise, pourquoi vous réagissez ainsi ou pourquoi un comportement revient régulièrement. Peut-être avez-vous même fait le lien avec votre histoire personnelle.
Et parfois, vous savez très bien ce que vous aimeriez faire différemment.
Pourtant, lorsque la situation revient, quelque chose recommence. C’est déroutant…
Nous avons assez naturellement tendance à penser que comprendre un problème devrait nous aider à le résoudre.
Et c’est vrai, mais pas toujours de la manière que nous imaginons.
Comprendre aide. Mais cela ne fait pas tout.
Comprendre n’est pas inutile, loin de là. Les recherches en psychothérapie montrent qu’une meilleure compréhension de certains de nos fonctionnements est associée à de meilleurs résultats. Les chercheurs parlent notamment d’insight : le fait de mieux percevoir certains schémas, leur sens ou leurs liens avec notre histoire.¹
Mettre des mots sur quelque chose peut déjà changer notre manière de le regarder. Nous pouvons repérer plus tôt une réaction, comprendre pourquoi certaines situations nous affectent davantage ou cesser de vivre comme incompréhensible quelque chose qui commence à avoir du sens.
Cette fois, c’est décidé : moins de téléphone, davantage d’activité physique, arrêter de repousser cette tâche… La décision est sincère et, quelques jours plus tard, l’ancien comportement est parfois revenu.
Une méta-analyse s’est justement intéressée à cet écart. Elle montre que même lorsque l’envie et l’intention de changer progressent, le comportement ne change pas forcément dans les mêmes proportions.²
Autrement dit, vouloir faire autrement compte, mais ne suffit pas toujours à faire autrement.
Il existe donc un espace entre « je sais », « je veux » et « je fais ».
Que se passe-t-il dans cet espace ?
Nous ne réfléchissons pas à tout
Pour comprendre ce que cela signifie concrètement, commençons par une petite expérience.
À VOUS D’EXPÉRIMENTER

Répondez mentalement :
2 + 2 = ?
Maintenant :
17 × 24 = ?
La première réponse est probablement apparue presque immédiatement. Pour la seconde, à moins de connaître déjà le résultat (408), vous avez sans doute dû faire un effort.
Et maintenant, regardez ce mot :
ÉLÉPHANT
Essayez de le lire lettre par lettre : É… L… É… P… H… A… N… T… sans laisser apparaître dans votre esprit ce que ce mot signifie.
Difficile, n’est-ce pas ?
Même en vous concentrant sur chaque lettre, votre cerveau reconnaît le mot et son sens s’impose presque automatiquement.
Daniel Kahneman a popularisé cette différence avec les expressions « Système 1 » et « Système 2 » : une manière simple de distinguer des processus rapides et relativement automatiques d’autres qui demandent davantage d’attention et d’effort.³
Ce n’est pas la description de deux systèmes séparés dans notre cerveau. C’est une carte pratique pour commencer à réfléchir à une réalité beaucoup plus complexe.⁴
Votre téléphone est déjà dans votre main
Et ces automatismes ne concernent pas seulement notre façon de penser. Ils se glissent aussi dans des gestes très ordinaires du quotidien, parfois sans même que nous remarquions qu’ils ont commencé.
Vous attendez quelque part. Quelques secondes de vide.
Votre téléphone est à proximité. Vous le prenez, déverrouillez l’écran et ouvrez une application.
À quel moment avez-vous vraiment décidé de le faire ?
À force de répétition dans des contextes familiers, certains comportements peuvent devenir relativement automatiques. Les recherches sur les habitudes montrent précisément l’importance de cette répétition et des indices présents dans notre environnement.⁵
Vous pouvez donc avoir parfaitement compris qu’un comportement ne vous convient plus et avoir sincèrement décidé de le modifier. Cela ne fait pas disparaître d’un coup ce qui a été répété des dizaines ou des centaines de fois.
La nouvelle décision et l’ancienne habitude peuvent coexister.
« Je sais qu’il n’y a pas de danger. Pourtant, j’ai peur. »
Mais ce décalage entre ce que nous savons et ce qui se produit en nous ne concerne pas seulement nos habitudes. Il peut aussi se retrouver dans nos réactions émotionnelles.
Une personne peut savoir qu’une situation est sûre et ressentir malgré tout une peur très réelle. Lui expliquer maintes fois qu’elle ne risque rien ne suffit pas forcément à faire disparaître cette peur. Dans certains troubles anxieux, rechercher de manière répétée des réassurances peut même faire partie des comportements qui accompagnent et entretiennent le problème.⁹
Les recherches sur les thérapies d’exposition donnent un exemple intéressant de ce qui peut se jouer autrement. Ces approches consistent à se confronter progressivement, dans un cadre adapté, à une situation, une sensation ou un stimulus qui déclenche de la peur ou de l’anxiété, plutôt que de continuer à l’éviter.
La personne peut alors faire l’expérience que ce qu’elle redoutait ne se produit pas forcément, ou qu’elle est capable de traverser la situation autrement qu’elle ne l’imaginait. Peu à peu, cette expérience peut modifier sa manière de réagir.⁶
Cet exemple montre surtout une chose : comprendre que nous ne risquons rien et en faire réellement l’expérience ne produisent pas nécessairement les mêmes effets.
Ce que nous vivons peut parfois faire évoluer une réaction là où les explications, à elles seules, ne suffisent plus.
Cette distinction entre comprendre quelque chose et en faire l’expérience nous ramène à l’hypnose, qui propose justement de travailler aussi à partir de ce qui est ressenti, imaginé ou perçu.
Une expérience de quelques secondes
L’hypnose s’appuie justement sur cette capacité à vivre intérieurement quelque chose, plutôt qu’à seulement y réfléchir. Pour entrevoir très simplement ce que cela signifie, je vous propose d’en faire vous-même l’expérience pendant quelques secondes.
À VOUS D’EXPÉRIMENTER

Si vous êtes confortablement installé, posez simplement une main devant vous, ou laissez-la reposer sur un accoudoir.
Prenez quelques instants pour la regarder. Sa position… La forme des doigts… Peut-être certaines sensations que vous ne remarquiez pas encore il y a quelques secondes.
Puis, si cela vous convient, vous pouvez fermer les yeux.
Et imaginez simplement ce que cela ferait si cette main devenait progressivement plus légère.
Vous pouvez imaginer qu’un fil très fin est attaché à votre poignet… et qu’au bout de ce fil se trouve un ballon rempli d’hélium.
Un ballon qui commence doucement à gonfler.
Et plus il gonfle, plus il devient volumineux… de plus en plus gros, de plus en plus léger, comme s’il pouvait exercer une légère traction vers le haut.
Inutile de chercher à lever la main. Laissez simplement le ballon grossir dans votre imagination… et soyez curieux de découvrir ce qui se passe dans votre main, votre poignet ou votre bras.
Peut-être une sensation de légèreté… une tension différente… un doigt qui bouge légèrement… ou peut-être cette main qui commence, à son rythme, à avoir envie de se soulever.
Et tandis que le ballon continue de gonfler, vous pouvez simplement laisser faire… et observer.
Prenez encore quelques secondes.
Puis ouvrez les yeux et remarquez ce qui s’est passé.
Il ne s’est peut-être rien passé de visible. Et c’est parfaitement possible. L’expérience ne consiste pas à « réussir » quelque chose, mais simplement à remarquer ce qui peut se produire lorsque l’attention et l’imagination commencent à modifier la façon dont une sensation est vécue.
Qu’il se soit passé quelque chose ou non ne dit rien, à lui seul, de votre manière de réagir à l’hypnose.
Cela permet simplement d’observer quelque chose : porter son attention sur une sensation et imaginer qu’elle se modifie peut parfois s’accompagner d’une expérience différente.
C’est notamment pour cela que la suggestion intéresse les chercheurs. Des travaux expérimentaux montrent que les suggestions hypnotiques peuvent modifier différents aspects de l’expérience, notamment la perception, le mouvement, la douleur ou le sentiment d’être à l’origine d’une action.⁷
Mais comment cela fonctionne-t-il exactement ?
L’hypnose parle-t-elle directement à « l’inconscient » ?
Vous avez peut-être déjà entendu que l’hypnose permettrait de « contourner le conscient », de « parler directement à l’inconscient » ou encore de « reprogrammer le cerveau ».
Ces images ont un avantage : elles sont faciles à comprendre.
Mais elles simplifient beaucoup ce que nous savons aujourd’hui de l’hypnose. La réalité est plus riche que ces raccourcis.
Plusieurs théories cherchent aujourd’hui à expliquer les phénomènes hypnotiques. Elles accordent des places différentes à la suggestion, aux attentes, à l’attention ou encore au sentiment d’être l’auteur de ce qui se produit. Une revue systématique publiée en 2024 montre qu’il n’existe toujours pas de consensus autour d’un mécanisme unique permettant d’expliquer les effets de la suggestion hypnotique.⁸
Nous comprenons aujourd’hui de mieux en mieux les phénomènes associés à l’hypnose. Et comme souvent lorsqu’il s’agit du fonctionnement humain, plusieurs mécanismes peuvent intervenir en même temps.
L’hypnose n’a donc pas besoin d’être envisagée comme quelque chose de mystérieux. Elle est simplement plus complexe que certains raccourcis utilisés pour l’expliquer.
Alors, pourquoi utiliser l’hypnose ?
L’hypnose permet aussi de travailler autrement qu’en cherchant uniquement à comprendre ou à expliquer.
L’attention, l’imagination et la suggestion peuvent devenir des moyens d’explorer l’expérience : ce que nous ressentons, percevons, imaginons ou anticipons. Une situation peut ainsi être évoquée, imaginée différemment ou envisagée sous un autre angle, et donner lieu à une expérience qui ne se limite pas à l’analyse intellectuelle.
Cela ne remplace pas la compréhension. Cela ouvre une autre manière de travailler.
Et si la question changeait ?
Lorsque revient cette phrase :
« Pourtant, je sais tout ça… »
il n’est peut-être pas toujours nécessaire de chercher encore une explication supplémentaire.
Une autre question peut devenir intéressante :
Qu’est-ce que j’ai déjà compris… mais que je n’ai peut-être pas encore eu l’occasion d’expérimenter ou d’apprendre autrement ?
Pour poursuivre
Les habitudes méritent d’être explorées plus loin. Les croyances aussi. Quant à l’hypnose elle-même, certaines idées que nous nous en faisons méritent d’être regardées de plus près.
C’est le sujet de l’Éclairage n°2 : Sous hypnose, perdez-vous vraiment le contrôle ?
ET SI COMPRENDRE NE SUFFIT PLUS ?
Vous avez peut-être déjà beaucoup réfléchi, compris certaines choses, identifié ce qui se répète… sans parvenir pour autant à le faire évoluer.
C’est précisément là qu’un accompagnement peut ouvrir autre chose : passer de ce que vous savez déjà à ce que vous pourriez expérimenter différemment.
Chez EQUANIMIA, l’hypnose et les thérapies brèves permettent d’explorer ce chemin, à votre rythme et à partir de ce que vous vivez.
Repères scientifiques
1. Jennissen S., Huber J., Ehrenthal J.C., Schauenburg H., Dinger U. (2018). Association Between Insight and Outcome of Psychotherapy: Systematic Review and Meta-Analysis. American Journal of Psychiatry, 175(10), 961–969.
Consulter sur PubMed
2. Webb T.L., Sheeran P. (2006). Does Changing Behavioral Intentions Engender Behavior Change? A Meta-Analysis of the Experimental Evidence. Psychological Bulletin, 132(2), 249–268.
Consulter sur PubMed
3. Kahneman D. (2011). Thinking, Fast and Slow. Farrar, Straus and Giroux.
4. De Neys W., Pennycook G. (2019). Logic, Fast and Slow: Advances in Dual-Process Theorizing. Current Directions in Psychological Science, 28(5), 503–509.
Consulter la publication
5. Wood W., Rünger D. (2016). Psychology of Habit. Annual Review of Psychology, 67, 289–314.
Consulter sur PubMed
6. Craske M.G., Treanor M., Conway C.C., Zbozinek T., Vervliet B. (2014). Maximizing Exposure Therapy: An Inhibitory Learning Approach. Behaviour Research and Therapy, 58, 10–23.
Consulter sur PubMed
7. Oakley D.A., Halligan P.W. (2013). Hypnotic Suggestion: Opportunities for Cognitive Neuroscience. Nature Reviews Neuroscience, 14, 565–576.
Consulter sur PubMed
8. Zahedi A., Lynn S.J., Sommer W. (2024). How Hypnotic Suggestions Work — A Systematic Review of Prominent Theories of Hypnosis. Consciousness and Cognition, 123, 103730.
Consulter sur PubMed
9. Rector N.A., Kamkar K., Cassin S.E., Ayearst L.E., Laposa J.M. (2019). Assessing Excessive Reassurance Seeking in the Anxiety Disorders. Journal of Anxiety Disorders, 65, 1–6.
Consulter sur PubMed
Statut : Éclairage EQUANIMIA® n°1 — V0.9
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