LES ÉCLAIRAGES EQUANIMIA®
Confiance en soi :
faut-il attendre de se sentir prêt ?
[ Éclairage N° 4.2 ]
- LES ÉCLAIRAGES EQUANIMIA® · N°4.2
Psychologie · Hypnose
7 min de lecture
Vous savez pourquoi...
Alors pourquoi ça continue ?
Comprendre ne suffit pas toujours
Il y a peut-être quelque chose que vous aimeriez faire depuis un moment.
Reprendre un sport. Vous inscrire à une activité. Apprendre quelque chose de nouveau. Partir seul quelques jours. Commencer un projet qui vous trotte dans la tête depuis longtemps.
L’envie est là.
Et puis, au moment de commencer :
« Est-ce que je vais y arriver ? »
« Est-ce que je vais savoir quoi faire ? »
« Et si je me trompe ? »
« Et si je n’étais finalement pas à la hauteur ? »
Alors vous attendez un peu.
Le bon moment. Davantage d’assurance. Cette fameuse sensation d’être enfin prêt.
Mais attendre ne suffit pas toujours à faire apparaître la confiance. Elle n’arrive pas forcément avant le moment où nous aurions besoin d’elle.
Quelques semaines peuvent passer et vous retrouver exactement au même endroit, avec la même envie… et à peu près le même doute.
Pour la suite, mieux vaut partir de quelque chose de réel.
Gardez en tête, pendant la lecture, une situation qui vous concerne : quelque chose que vous aimeriez faire, sans enjeu trop important, mais devant lequel une voix vous souffle :
« Je ne sais pas si j’en suis capable. »
C’est à partir de cette situation que nous allons avancer.
Attendre la confiance… mais attendre quoi exactement ?
Dans cet Éclairage, j’emploierai « confiance en soi » dans un sens volontairement précis.
Comme nous l’avons vu dans l’Éclairage précédent, l’expression « confiance en soi » rassemble souvent, dans le langage courant, plusieurs réalités différentes : confiance dans ses capacités, estime de soi, affirmation de soi ou encore relation à soi.
Ici, nous allons nous concentrer sur une seule de ces dimensions : la confiance que nous accordons à notre capacité à faire quelque chose ou à faire face à une situation.
C’est précisément cette dimension qu’Albert Bandura a largement étudiée à travers le concept de sentiment d’efficacité personnelle [1]. Ses travaux s’intéressent à ce que nous pensons pouvoir accomplir dans une situation donnée et à la manière dont cette perception peut influencer notre engagement, nos efforts et notre persistance lorsque cela devient difficile.
Cela change déjà un peu la manière de poser le problème.
Au lieu de :
« Pourquoi est-ce que je manque de confiance en moi ? »
nous pouvons nous demander :
« Qu’est-ce que je ne me crois pas capable de faire, ici ? »
Parce que nous pouvons être très confiants dans un domaine et beaucoup moins dans un autre.
Vous pouvez, par exemple, conduire sans y penser et vous sentir soudain beaucoup moins sûr de vous à l’idée de traverser seul une grande ville inconnue.
Ce n’est donc plus tout à fait :
« Suis-je quelqu’un qui a confiance en lui ? »
mais plutôt une manière d’identifier ce que nous pensons pouvoir faire dans cette situation précise.
Et cette confiance se nourrit aussi de ce que nous avons déjà vécu.
C’est là que l’attente peut nous jouer un tour.
Car si une partie de ce que nous apprenons sur nos capacités vient de nos expériences, attendre d’avoir confiance avant d’essayer peut parfois nous priver précisément… de ce qui pourrait faire évoluer cette confiance.
Lorsque l’attente devient notre principale réponse au doute, un cercle peut alors s’installer. Le schéma suivant permet de voir comment il se construit.
Le piège de l’attente
Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faudrait foncer vers tout ce qui nous inquiète.
Se préparer peut être utile. Attendre aussi. Renoncer parfois également.
Mais lorsqu’une envie reste là et que la seule stratégie consiste à attendre de « se sentir davantage en confiance », il reste à voir ce qui, pendant cette attente, pourrait réellement nous permettre de nous sentir plus capable.
Parfois, pas grand-chose.
Alors, un jour, nous essayons quand même.
Et là, il peut se produire quelque chose d’assez troublant : avant même de savoir comment la situation va réellement se passer, notre corps semble déjà avoir son avis.
Quand le corps semble avoir déjà répondu
Le moment approche.
Le cœur accélère un peu. La respiration change. Une tension apparaît.
Et la conclusion peut suivre presque immédiatement :
« Voilà. Je ne suis pas prêt. »
Pour comprendre ce qui se passe, il faut d’abord regarder pourquoi cette réaction apparaît.
Pas nécessairement parce que votre organisme aurait détecté que vous êtes incapable de faire face.
La situation est peut-être nouvelle. Incertaine. Difficile à prévoir. Elle compte pour vous, vous expose au regard d’autres personnes ou comporte simplement un enjeu.
Votre organisme se mobilise alors pour répondre à quelque chose qu’il considère comme significatif.
Le cœur peut accélérer. La respiration se modifier. Les muscles se tendre. L’attention se resserrer sur ce qui est en train de se passer.
Il ne s’agit pas d’un commentateur intérieur qui aurait examiné la situation et rendu son verdict :
« Après analyse du dossier : vous n’êtes pas à la hauteur. »
L’organisme se prépare à faire face à quelque chose qui lui demande des ressources.
Car deux choses peuvent se succéder très vite :
ce que vous ressentez, puis ce que vous en concluez.
L’activation du corps est réelle.
Mais la signification que nous lui attribuons n’est pas contenue telle quelle dans le battement du cœur ou la tension des muscles.
« Il se passe quelque chose d’important pour moi » n’est pas la même chose que :
« Je ne vais pas y arriver. »
C’est précisément pour cette raison que deux personnes peuvent ressentir une activation assez proche face à une situation exigeante et ne pas en tirer exactement la même conclusion. Et qu’une même personne peut, selon les circonstances, vivre cette activation comme de l’inquiétude, de l’excitation, de l’impatience ou un mélange parfois difficile à démêler.
L’émotion et les réactions corporelles participent ainsi à notre adaptation face à une situation qui compte ou qui demande de mobiliser des ressources [2].
Elles nous renseignent sur le fait qu’il se passe quelque chose de significatif.
Elles ne constituent pas, à elles seules, une mesure fiable de nos capacités.
C’est justement sur ce passage entre l’activation ressentie et le sens que nous lui donnons que les travaux de Jeremy Jamieson, Matthew Nock et Wendy Mendes apportent un éclairage utile [3].
Dans leurs recherches, modifier la manière d’interpréter l’activation liée au stress a pu modifier certaines réponses physiologiques et cognitives.
Cela ne transforme évidemment pas chaque moment de stress en formidable opportunité cachée. Et il ne suffit pas davantage de se répéter que « tout va bien ».
Leur travail nous aide surtout à distinguer deux choses : ce que notre organisme est en train de faire et ce que nous concluons à partir de ce que nous ressentons.
En bref : ce que nous ressentons ne dit pas, à lui seul, ce dont nous sommes capables.
Une sensation n’est pas un verdict
Pour bien voir cette différence, il suffit de séparer ce qui est effectivement ressenti de la conclusion que nous pouvons en tirer.
Le cœur qui accélère est réel.
« Je ne vais pas y arriver » est déjà une interprétation.
Pour savoir un peu mieux ce qui va réellement se passer, il faut parfois poursuivre l’expérience.
Alors vous essayez.
Et, cette fois, la réalité peut commencer à répondre.
Encore faut-il écouter ce qu’elle dit.
Vous avez essayé. Mais qu’allez-vous en retenir ?
Tout n’était peut-être pas simple.
Vous avez hésité. Demandé de l’aide. Fait certaines choses moins bien que prévu.
Mais vous avez fait face.
Peut-être même mieux que vous ne l’imaginiez.
Et pendant quelques instants, il peut y avoir ce mélange de soulagement et de fierté :
« Finalement, je l’ai fait. »
Puis quelques heures passent.
Et notre capacité à relativiser nos réussites peut reprendre du service.
« Oui, mais c’était facile. »
« J’ai eu de la chance. »
« On m’a aidé. »
« Ça ne compte pas vraiment. »
Une réussite parfaitement correcte peut ainsi se retrouver, avec une certaine efficacité, classée dans la catégorie « circonstances exceptionnelles ne permettant absolument aucune conclusion ».
Cette façon d’expliquer après coup ce qui vient de nous arriver n’est pas anodine. C’est précisément ce mécanisme qu’a beaucoup étudié le psychologue Bernard Weiner [4] : la manière dont nous attribuons une réussite ou un échec à nos capacités, à nos efforts, à la difficulté de la tâche ou encore aux circonstances.
Ces explications peuvent ensuite influencer ce que nous attendons de la suite.
Vivre quelque chose ne garantit donc pas que nous en tirerons automatiquement une information nouvelle sur nous-mêmes.
Bien sûr, une réussite peut réellement devoir beaucoup à la chance ou à l’aide reçue.
Mais si les réussites deviennent presque toujours des exceptions, tandis que les difficultés deviennent facilement des preuves de notre incapacité, le bilan risque d’être légèrement déséquilibré.
« Ça a marché, mais ça ne compte pas. »
« Ça a échoué : je le savais. »
Dans ces conditions, notre confiance peut rester étonnamment stable alors même que nos expériences commencent à raconter une histoire différente.
C’est peut-être justement là que nous pouvons changer de stratégie.
Jusqu’à présent, nous cherchions à obtenir suffisamment de confiance pour agir.
Nous pouvons aussi chercher certaines expériences pour apprendre.
Chercher une information plutôt que de la confiance
Revenez quelques secondes à la situation que vous aviez peut-être choisie au début.
Au lieu de chercher d’abord comment vous sentir suffisamment en confiance pour commencer, vous pouvez prendre comme point de départ :
« Quelle expérience pourrait m’apprendre quelque chose de plus juste sur ce dont je suis capable ? »
Pas besoin d’en faire une épreuve héroïque.
Si partir seul trois semaines vous semble aujourd’hui énorme, une journée ou un week-end peuvent déjà vous apprendre quelque chose.
Si une nouvelle activité vous impressionne, une première séance suffit peut-être.
L’idée n’est pas de vous prouver que vous êtes capable.
C’est plus intéressant que cela : aller voir.
Avant l’expérience, repérez simplement ce que vous pensez ne pas pouvoir faire.
Puis, après, comparez cette prédiction avec ce qui s’est réellement passé : ce que vous avez réussi à faire, ce qui a été plus difficile et la manière dont vous avez réagi lorsque la difficulté est arrivée.
Vous découvrirez peut-être que vous vous étiez sous-estimé.
Vous découvrirez peut-être aussi qu’une compétence vous manque réellement.
Mais vous serez passé de :
« Je manque de confiance en moi »
à quelque chose de beaucoup plus précis :
« Voilà ce que je ne sais pas encore faire. »
Et ce n’est déjà plus le même problème.
Dans le premier cas, le doute semble parler de vous tout entier.
Dans le second, il désigne quelque chose que vous pouvez observer, apprendre, préparer ou entraîner.
Vous n’avez d’ailleurs pas nécessairement « plus confiance ».
Vous avez peut-être simplement une vision un peu plus juste de ce dont vous êtes capable.
Et cela peut être beaucoup plus utile.
Avons-nous vraiment besoin d’avoir « plus » confiance ?
Nous parlons souvent de la confiance comme d’une quantité.
Pas assez. Davantage. Beaucoup. Énormément.
Comme s’il existait quelque part un réservoir intérieur qu’il suffirait de remplir avant de se lancer.
Mais ce que nous venons de faire consiste plutôt à chercher une estimation plus juste. Et cette idée d’ajustement trouve un éclairage voisin dans les recherches sur la métacognition.
La métacognition désigne, très simplement, notre capacité à porter un jugement sur notre propre fonctionnement : ce que nous pensons savoir, comprendre ou être capables de faire.
Stephen Fleming [5] étudie notamment la manière dont se construisent ces jugements de confiance et leur degré d’ajustement à nos performances réelles.
Ses travaux ne portent pas directement sur la « confiance en soi » telle que nous l’abordons ici. Ils apportent cependant une perspective utile : nos jugements sur nos propres capacités sont eux-mêmes des estimations, et ces estimations peuvent être plus ou moins bien ajustées à ce que nous faisons réellement.
L’objectif n’est peut-être pas toujours d’avoir davantage confiance.
Il ne s’agit évidemment pas d’arriver à :
« Je peux tout faire. »
Ce serait pratique. Mais probablement assez peu fiable.
Il s’agit plutôt de reconnaître plus justement ce que nous savons faire — et ce que nous ne savons pas encore faire.
La confiance devient alors moins une sensation qu’il faudrait attendre avant d’avancer qu’une estimation qui peut évoluer au contact de nos expériences.
La question de départ se transforme ainsi progressivement.
Il ne s’agit plus seulement de chercher davantage de confiance, mais d’apprendre à mieux savoir ce dont nous sommes capables.
Et cela fait apparaître une frontière importante.
Car il existe des situations où nous savons déjà parfaitement que nous sommes capables.
Et pourtant… nous ne faisons toujours pas ce que nous voudrions faire.
Et si vous savez déjà que vous pouvez ?
Vous savez que vous pourriez dire non.
Vous avez les mots.
Vous savez ce que vous pensez.
Et malgré cela, face à certaines personnes, ces mots deviennent soudain beaucoup plus difficiles à prononcer.
Vous pourriez exprimer votre désaccord. Demander quelque chose. Poser une limite.
Le problème n’est pas forcément que vous doutez de savoir le faire.
Peut-être redoutez-vous surtout ce qui pourrait se passer entre vous et l’autre si vous le faisiez.
Déplaire. Être jugé. Déclencher un conflit. Fragiliser un lien.
La question n’est alors plus vraiment celle de votre capacité à agir.
Elle concerne davantage ce que vous pensez risquer dans la relation en agissant.
Et nous venons, presque sans nous en apercevoir, de quitter un territoire pour entrer dans un autre.
Celui de l’affirmation de soi.
Ce sera le prochain Éclairage.
ET SI COMPRENDRE NE SUFFIT PLUS ?
Vous avez peut-être déjà beaucoup réfléchi, compris certaines choses, identifié ce qui se répète… sans parvenir pour autant à le faire évoluer.
C’est précisément là qu’un accompagnement peut ouvrir autre chose : passer de ce que vous savez déjà à ce que vous pourriez expérimenter différemment.
Chez EQUANIMIA, l’hypnose et les thérapies brèves permettent d’explorer ce chemin, à votre rythme et à partir de ce que vous vivez.
Repères scientifiques
[1] Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. DOI
[2] Smith, C. A. (1989). Dimensions of appraisal and physiological response in emotion. Journal of Personality and Social Psychology, 56(3), 339–353. DOI
[3] Jamieson, J. P., Nock, M. K., & Mendes, W. B. (2012). Mind over matter: Reappraising arousal improves cardiovascular and cognitive responses to stress. Journal of Experimental Psychology: General, 141(3), 417–422. DOI
[4] Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. DOI
[5] Fleming, S. M. (2024). Metacognition and confidence: A review and synthesis. Annual Review of Psychology, 75, 241–268. DOI
Statut : Éclairage EQUANIMIA® n°4.2 — V0.9
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